Les aventures d'un croisé intrépide, Briggie le Charcutier
Note · 55 po · Poids 2
Par Berthimel du Pitax Maison d'édition Le mot juste « Au dîner, on servit de la soupe au chou aux blessés. Ils ne s'en étonnèrent pas le moins du monde, puisqu'ils avalaient la même chose tous les soirs depuis une bonne semaine. Avant, les patients de l'hôpital pouvaient espérer voir des pommes de terre aux repas, parfois même des navets. Mais un mois plus tôt, les chevaliers de l'ordre du Soleil brillant triplement béni et du Cimeterre chasseur de ténèbres de notre bien-aimée déesse Sarenrae avaient malencontreusement détruit, à la catapulte, la charrette du fermier qui fournissait ces denrées. Depuis, l'on devait se contenter de soupe au chou pour le dîner, agrémentée à l'occasion de protéines lorsqu'un cafard particulièrement audacieux basculait dans la marmite. Après ce festin, les blessés se mirent à bourrer leurs pipes avec ce qui ressemblait plus à de la paille qu'à du tabac. Une fois repus, ils éprouvaient ainsi le besoin d'inhaler de la fumée, quelle que soit sa nature. Ensuite, en revanche, les langues se déliaient volontiers. "Quel est le plus dangereux des démons, d'après vous ?" demanda Wuzlich le lancier, en grattant le moignon de sa jambe avec celui de son bras. "Pour moi, c'est l'abrikandilu. Ces monstres sont rusés et sournois, presque autant que les Varisiens. Et ils ont des dents encore plus tranchantes ! Regardez un peu !" Il illustra ses propos en levant la main pour montrer les deux doigts et demi qui lui restaient. "Question de point de vue," rétorqua Greglie l'artilleuse, bien que sa vision, justement, fût relativement limitée du fait des bandages qui couvraient ses yeux. "Tes abrikandilus, on en fait de la charpie. Les balors, par contre, c'est pas de la rigolade ! Un seul coup de leur fouet, et t'as les yeux qui giclent de leurs orbites !" expliqua-t-elle en ponctuant ses paroles de gestes énergiques, si bien que le contenu de sa pipe se retrouva projeté dans la figure de Wuzlich. Pendant que ce dernier s'époussetait en toussant, Briggie se joignit à la conversation. "Les balors et les abrikandilus sont pas des tendres, je vous l'accorde, mais je dirais qu'il n'y a rien de plus terrifiant au monde qu'un vulgaire pou. Évidemment, les autres démons savent se téléporter, mais le pou, lui, il en a même pas besoin ! Où qu'on regarde, il est déjà là !" Il glissa alors une main sous sa chemise, fouilla un instant sous son aisselle pour en retirer le sujet de son discours, puis le présenta à ses amis. "Un gros démon armé d'un fouet, on peut y échapper. Mais aux poux ? Aucune chance ! Ils mordent tout le monde, du troufion au général. Même la reine y a droit. Alors oui, vous allez me dire qu'ils ne font pas beaucoup de mal. C'est vrai qu'un pou ne va pas boire des litres de sang de soldat à lui tout seul. Mais imaginez un peu la quantité qu'ils se sont enfilée tous ensemble. Assez pour remplir un océan, vous croyez pas ? Plus que tous les démons des Abysses réunis ! Et si quelqu'un me dit que les poux ne sont pas des démons, je lui ris au nez ! D'où est-ce qu'un monstre pareil pourrait venir, à part des Abysses ?" »