Guino Pollen, notes de voyage dans l'Avistan septentrional
Note · 55 po · Poids 2
« Armé de la certitude que le meilleur endroit pour observer les effets de l'énergie extraplanaire entrant dans notre mode se trouve dans la région anciennement connue sous le nom du Sarkaris, je me mis immédiatement en route pour ces terres désolées. Un obstacle inattendu m'attendait au Mendev, où j'escomptais trouver un guide acceptant de m'escorter dans les terres bordant la Plaie du Monde. De fait, ni les rôdeurs ni les spécialistes du cru n'acceptèrent de m'aider. Fort heureusement, Desna me sourit en me conduisant finalement auprès d'un chasseur qui, après trois chopes de grog, voulut bien m'accompagner jusqu'à la Plaie du Monde et m'en faire découvrir les alentours. Le temps que le brave homme dessaoule, il était trop tard pour faire machine arrière. Nous avions déjà franchi les derniers cordons de sécurité et nous trouvions en plein cœur des forêts sarkariennes. Un observateur attentif ne peut manquer de remarquer les anomalies causées par la Plaie du Monde, dont certaines se manifestent à d'innombrables lieues de la fissure planaire elle-même. D'abord insignifiantes, ces singularités deviennent de plus en plus prononcées à mesure qu'on s'en rapproche du cœur du phénomène. En ce qui me concerne, la première chose qui me frappa fut les arbres qui semblaient tous esquissés sur le même modèle. Ensuite, la qualité de l'air changea. Chaque inspiration prit un goût différent, du soufre au caramel, en passant par le sel ou le hareng fermenté. Selon les almanachs consultés au cours de mon voyage vers le Mendev, l'ouverture de la Plaie du Monde fut précédée de colonnes de fumée noire s'élevant de la fissure. Le spectacle terrifiant qui m'attendait au-dessus de la steppe méridionale, comme le témoignage de mon guide, confirma que les émanations de cendres et de fumées toxiques n'ont jamais cessé. Pour autant, je ne m'attendais certes pas à respirer un air à mi-chemin des effluves de l'échoppe d'un confiseur et de la puanteur d'un crématorium ! Nous fûmes ensuite confrontés à des cadavres de troupeaux entiers, de chiens et même de pauvres hères. Certains squelettes portaient les stigmates de griffes démoniaques, tandis que d'autres avaient manifestement péri de causes plus... originales. Nous avons même découvert deux corps parfaitement momifiés qu'on aurait dit changés en pierre ! Contournant une forêt sinistre et clairsemée, nous finîmes par atteindre une plaine vallonnée de buttes trop uniformes pour être d'origine naturelle. J'aurais adoré prendre le temps d'étudier ce phénomène, mais hélas, après quelques pas, mon guide fut soulevé dans les airs par quelque force mystérieuse qui le fit ensuite éclater comme un fruit trop mûr. Je décidai donc de me retirer promptement après avoir ôté ma redingote gorgée de sang et m'être délesté de tout ce qui aurait pu me ralentir, notamment les souvenirs glanés çà et là tout au long de ce périple... »